Réseau Crypto Anofel

Réseau « Cryptosporidies ANOFEL »

Cryptosporidium est un protozoaire intestinal responsable d’épidémies de gastro-entérites, dont la plupart sont liées à la contamination de l’eau de distribution par des oocystes (forme infectante) d’origine humaine ou animale. La grande résistance des oocystes dans l‘environnement et aux désinfectants usuels, la gravité de la maladie chez les patients immunodéprimés et l’absence de traitement efficace font que la cryptosporidiose reste une préoccupation de santé publique en France.

La fréquence de la cryptosporidiose humaine reste mal évaluée en Europe sauf dans quelques pays, notamment au Royaume Uni, où une politique très volontariste de déclaration et de génotypage parasitaire a été mise en place depuis plus de 10 ans.

En France, peu de données épidémiologiques sont disponibles, mais plusieurs épidémies liées à la contamination de l’eau par Cryptosporidium ont été identifiées : la première survenue à Sète en 1998, affectant 150 enfants, la seconde à Darcy-le Fort en 2001 avec 483 cas et la plus récente à Divonne-les-Bains en 2003, avec une estimation de 800 cas.

En 2002, dans son rapport sur les infections à parasitaires  liées aux aliments et à l’eau (1), l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (Afssa) recommandait l’amélioration des conditions de diagnostic, d’analyse épidémiologique et d’estimation du risque lié à la cryptosporidiose en France.

C’est dans ce contexte qu’un réseau national d’étude de la cryptosporidiose a été créé en 2004, sous l’égide de l’association Française des Enseignants et Praticiens Hospitaliers Titulaires de Parasitologie et Mycologie Médicale (ANOFEL), en partenariat scientifique avec l’Afssa et l’Institut de veille sanitaire (InVS).

Fonctionnel depuis janvier 2006, le réseau associe à ce jour 39 laboratoires hospitaliers ou hospitalo-universitaires de parasitologie de France métropolitaine et des départements d’Outre-mer, soit la presque totalité des laboratoires hospitalo-universitaires français de parasitologie. Tous ont la compétence pour le diagnostic parasitologique de la cryptosporidiose chez l’homme, 8 ont la compétence pour l’identification des cryptosporidies dans l’eau, dans l’environnement ou les aliments, 12 peuvent effectuer une identification spécifique ou sub-spécifique par biologie moléculaire et 3 peuvent déterminer la viabilité/infectiosité des cryptosporidies dans des modèles expérimentaux.

Ses principales missions portent sur le diagnostic et l’épidémiologie de la cryptosporidiose humaine:

•  Identifier et fédérer des laboratoires référents pour le diagnostic et la surveillance de la cryptosporidiose chez l’homme.

•  Assurer la surveillance de la cryptosporidiose humaine, en estimer la prévalence et l’incidence,

•  Contribuer à l’investigation d’épidémies de gastro-entérite (coordonnée ou menée en lien avec l’InVS/Cire) pour la recherche de cryptosporidies et autres protozoaires dans les échantillons clinique ou alimentaires,

•  Constituer une banque biologique d’isolats de Cryptosporidium spp., caractériser les génotypes des isolats humains de Cryptosporidium spp. et, dans la mesure du possible, des isolats animaux et environnementaux

•  Développer et coordonner des actions de recherche sur la cryptosporidiose (aspects épidémiologiques, physiopathologiques, diagnostiques et thérapeutiques)

Entre janvier 2006 et décembre 2009, 407 cas de cryptosporidiose ont été notifiés au réseau et 364 échantillons biologiques ont été recueillis et analysés (2, 3). Les enfants de moins de 4 ans représentent 18% des cas et les patients infectés par le VIH ou immunodéprimés non VIH représentent 38% et 28% des cas, respectivement. On observe une variation saisonnière des cas, avec un nombre de cas plus élevé à la fin de l’été et en automne. L’analyse génotypique des cas montre une répartition entre 2 principales espèces, C. parvum (54% des cas), C. hominis (36%), les autres espèces étant moins représentées.

Les données épidémiologiques fournies par le réseau sont actuellement les premières et les seules disponibles au niveau national sur la cryptosporidiose humaine.

En complément de ses activités de recensement et d’analyse épidémiologique, le réseau met en commun ses moyens et ses compétences pour l’amélioration du diagnostic de la cryptosporidiose. Une première étude pluricentrique a permis d’évaluer la performance des tests de détection d’antigène dans les selles (4). Une étude est en cours pour optimiser la technique de PCR quantitative et d’identification spécifique.

Les projets à court terme du réseau sont la notification en ligne des cas de cryptosporidiose, la mise en place d’une ressource documentaire partagée, le développement du partenariat mis en place avec les vétérinaires et l’amélioration de l’information destinée au grand public et aux médecins praticiens.

Pour ces réalisations, le réseau est encadré par un comité de pilotage dont la coordination est assurée par L. Favennec (laboratoire de Parasitologie-Mycologie de l’Hôpital Charles Nicolle, Rouen). Les autres membres du comité sont :

•  N. Kapel (co-coordinatrice), Laboratoire de Coprologie, CHU Pitié Salpêtrière, Paris

•  C. Pinel, Laboratoire de Parasitologie-Mycologie, CHU de Grenoble

•  M. Rabodonirina, Laboratoire de Parasitologie-Mycologie, CHU de Lyon

•  C. Sarfati, Laboratoire de Parasitologie-Mycologie, CHU Lariboisière-St-Louis, Paris

•  K. Guyot, Biologie et Diversité des Pathogènes Eucaryotes Émergents (BDPEE), Institut Pasteur de Lille

•  I. Villena, Laboratoire de Parasitologie-Mycologie, CHU de Reims

•  F. Dalle, Laboratoire de Parasitologie-Mycologie, CHU de Dijon

•  E. Dutoit, Laboratoire de Parasitologie-Mycologie, CHU de Lille

•  S. Houzé, Laboratoire de Parasitologie-Mycologie, CHU Bichat, Paris

•  F. Derouin, Laboratoire de Parasitologie-Mycologie, CHU Lariboisière-Saint-Louis, Paris

•  Représentant de l’ANSES :C. Paraud, ANSES, Niort ; K. Adjou, ANSES Maisons-Alfort

•  Représentants de l’InVS : H. de Valk, V. Vaillant

Correspondance : loic.favennec@chu-rouen.fr ; nathalie.kapel@psl.aphp.fr

Références bibliographiques

1.Afssa. Rapport sur les infections à protozoaires liées aux aliments et à l’eau: évaluation scientifique des risqué associés à Cryptosporidium sp. 2002, 185 pp.

2.Réseau Cryptosporidies Anofel. Epidémiologie de la cryptosporidiose humaine en France en 2006 et 2007 : Rapport du réseau « Cryptosporidies ANOFEL ». bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 6 janvier 2009, 8-11.

3.ANOFEL Cryptosporidium National Network. Laboratory-based surveillance for Cryptosporidium in France, 2006-2009. EuroSurveillance 2010;15(33):19642

4.Agnamey P, Sarfati C, Pinel C, Rabodoniriina M, Kapel N, Dutoit E, Garnaud C, Diouf M, Garin JF, Totet A, Derouin F; for the ANOFEL Cryptosporidium National Network Evaluation of Four Commercial Rapid Immunochromatographic Assays for Detection of Cryptosporidium Antigens in Stool Samples: a Blind, Multicenter Trial. Journal of Clinical Microbiology 2011 49(4):1605-1607.

Les rapports d'activité du réseau sont accessibles aux membres de l'association.

Ces principales publications sont en ligne: la cryptosporidiose